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Il est deux fois plus gros qu'un lion et deux fois plus grand qu'un tigre de Sibérie. L'ours polaire est aujourd'hui le plus grand carnivore terrestre vivant. Beaucoup de spécialistes le considèrent comme « le baromètre de la santé environnementale à l'échelle mondiale ». Avec la fonte de la calotte glaciaire, l'ours blanc est devenu malgré lui, l'un des premiers indicateurs du réchauffement climatique pour les autres espèces, dont l'espèce humaine. La banquise fond de plus en plus tôt et se forme de plus en plus tard. Tributaire de la glace pour chasser et se déplacer, l'animal a de moins en moins de temps pour trouver de la nourriture – principalement des phoques - et constituer ses réserves de graisse. Cette situation inquiétante touche en premier lieu les ourses qui vont mettre bas et les oursons encore très fragiles.
Quand la glace ne se brise pas, ce sont les balles qui fusent. Chaque année, de 700 à 1 000 ours sont chassés au Canada, au Groenland, en Alaska et dans la région de Tchoukokta dans l'est de la Russie. Cette activité représente une source de revenus importante pour les communautés autochtones. L'animal est principalement chassé pour sa viande, tandis que les cuirs et les crânes sont vendus, convertis en produits d'artisanat, ou conservés pour un usage privé. Ce commerce international a cours malgré l'inscription de l'ours polaire à l'Annexe II de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction). Paradoxalement, les chasseurs « pensent » à l'avenir du prédateur. Ils chassent principalement les mâles (de 60 à 70%) afin de conserver le potentiel reproductif des populations. C'est un moindre mal dans la mesure où l'ours polaire ne possède pas un taux de reproduction très élevé (maturité sexuelle tardive, petites portées, taux de mortalité élevé chez les oursons...). Il n'y a que dans l'Arctique norvégien et dans les régions de Russie occidentale que l'animal est protégé de toute forme de chasse. Seuls les cas de légitime de défense y sont autorisés.
Intoxication et pollution
Le prédateur est également très vulnérable aux polluants présents dans son alimentation, les polluants organiques persistants (PCB). L'ours polaire étant en fin de la chaîne alimentaire, il ingère la totalité des PCB absorbés par les algues, les poissons et les phoques. Transportés par les rivières et les courants océaniques, ces polluants (des composés organochlorés (2)) s'infiltrent dans l'écosystème marin de l'Arctique et se fixent aux molécules de graisse. Bon nombre d'entre eux sont désormais interdits d'utilisation dans la plupart des pays, mais sont tellement persistants qu'ils vont probablement rester dans l'environnement pendant plusieurs décennies. Des travaux ont démontré que ces polluants avaient un impact négatif sur le système immunitaire, l'hormone de régulation, les schémas de croissance et de reproduction, et le taux de survie de l'animal. Les individus les plus atteints par la pollution vivent au nord-est du Groenland, dans la mer de Barents et la mer de Kara. Ainsi, ce sont encore les femelles et les oursons qui sont les plus menacés. Pendant la période de gestation, les femelles jeûnent et puisent dans leurs réserves de graisse pour créer de l'énergie. Lorsqu'elles alimentent leurs petits en lait, elles les contaminent directement. À l'heure actuelle, les données manquent pour déterminer les effets des polluants sur les oursons, mais plusieurs études ont montré que les oursons des femelles les plus polluées ont un taux de mortalité plus élevé.
L'appétit de certaines compagnies pétrolières risque de noircir davantage la situation de l'ours blanc. L'agence américaine de géologie US geoligical Survey a annoncé que 25% des réserves mondiales de pétrole se trouvaient au-delà du cercle polaire. Cette « aubaine » pour les pétroliers augmenterait les risques d'un déversement de pétrole dans la mer. En absorbant « l'or noir » dans leur fourrure et en ingérant des proies contaminées (les phoques annelés et les phoques barbus), l'ours polaire augmente les risques de contracter certaines maladies comme l'insuffisance rénale, les troubles du système digestif, et les lésions cérébrales qui, à terme, conduisent à la mort. Étant donné le faible taux de reproduction de l'espèce, il faudrait plusieurs années à une population pour se reconstituer après un déversement de pétrole.
Avant d'en arriver là, les associations de défense des animaux comme l'IFAW espèrent que des mesures concrètes seront prises afin d'assurer la pérennité de l'espèce.« Il faut commencer par stopper la chasse aux trophées, souligne Masha Vorontsova, directrice du Bureau IFAW en Russie. Il est ensuite impératif d'inscrire l'ours polaire dans la loi américaine Endangered Species Act (ESA), la loi pour la protection des espèces menacées votée en 1973, et dans la loi canadienne Species At Risk Act (SARA), la loi sur les espèces en péril votée en 1973. Enfin, il est essentiel de sensibiliser les peuples natifs sur la situation fragile de l'ours polaire en Russie et en Amérique du Nord. » Les scientifiques estiment qu'il reste aujourd'hui entre 21 500 et 25 000 spécimens répartis autour du cercle Arctique : en Russie, en Alaska, au Groenland, au Canada et dans l'archipel Svalbard en Norvège. Selon les scénarios présentés par le Nansen Environmental and Remote Sensing Center (centre de recherche norvégien affilié à l'université de Bergen), la calotte glaciaire disparaîtra presque entièrement pendant l'été au cours des 100 prochaines années. Les ours blancs devront alors migrer vers le nord de l'océan Arctique pour assurer leur survie.
Nicolas BERNARD
> Sauver l'ours polaire avec le WWF et Canon
(1) Source : United States Geological Survey (USGS), lnstitut de surveillance géologique des Etats-Unis.
(2) Composé organochloré : Un composé organochloré est un produit chimique de synthèse, dérivé de molécules de chlore et utilisé comme solvant, pesticide, insecticide, fongicide ou réfrigérant ou molécules intermédiaires de synthèse en chimie et pharmacie.
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Chasse à l'ours polaire sur la banquise. Attention, certaines images peuvent choquer.
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