Elle se considère comme la « médiatrice » des peuples premiers. D’origine allemande, Ulla Lohmann est une aventurière au parcours hors-normes. À 30 ans à peine, elle donne l’impression de savoir tout faire et tout connaître. Courageuse, curieuse et très souriante, elle peut se revendiquer d’être à la fois géographe, exploratrice, reporter et réalisatrice de documentaires, alpiniste, plongeuse sous-marine, tout en parlant six langues couramment (allemand, anglais, français, espagnol, tahitien, japonais) et quelques dialectes des îles du Pacifique comme le bislama et le pidgin. Parrainée par SPB, elle travaille aujourd’hui pour les plus grands – le National Geographic, la BBC et la chaîne Planète entre autres – et son carnet de commandes affiche complet : « J’ai plein de commandes pour des reportages photos ou vidéos, même trop des fois ! » Une reconnaissance professionnelle qu’elle doit à une grande persévérance qui ne l’a jamais quittée.
La volonté de raconter des histoires, Ulla Lohmann la cultive depuis sa plus tendre enfance : « J’ai toujours adoré raconter des histoires à ma soeur, à mes parents ou à mes camarades de classe. Je savais lire à 5 ans, et à 6 ans, j’ai commencé à écrire mon premier livre qui s’intitulait « L’histoire de Schneeflocke », une histoire sur un poney. » Précoce en littérature, la jeune aventurière a aussi été précoce en photographie. Elle n’a que 8 ans quand son grand-père lui offre un appareil photo. Un moment inoubliable pour la petite fille d’alors qui capture un château pour son premier cliché.
Dix ans plus tard, elle se fait remarquer en remportant le concours « Jugend forscht » destiné aux jeunes scientifiques. Elle reconstruit le fossile du sclerocephalus haeuseri, une espèce animale datant de l’ère du Permien (280 millions d’années). Cette performance lui attire l’attention des médias avec qui elle crée des contacts. Avec l’argent remporté, elle part faire un tour du monde sur un voilier pendant 18 mois durant lesquels elle publie régulièrement des reportages et des photos dans un magazine allemand.
À son retour, son objectif est clair : devenir journaliste scientifique. Elle se lance alors dans des études de géographie et de journalisme en Allemagne avant de terminer par un diplôme en « gestion des ressources naturelles » et « photojournalisme » en Australie. La chance et la détermination vont faire le reste.
Comprendre les peuples premiers
En 1999, elle travaille pour la première fois en tant qu’assistant caméra pour le National Geographic lors d’une expédition dans un volcan aux îles Vanuatu. « Ma plus grande motivation était de poursuivre mon rêve se souvient t-elle. Je me disais qu’un jour, je voulais voir mes photos dans le « grand jaune » [NDLR : le National Geographic] ! » Son souhait s’exauce enfin puisqu’elle va y publier un article sur les momies de Papouasie Nouvelle-Guinée en janvier 2008. Neuf ans de patience durant lesquels elle a enchaîné les reportages en tant qu’assistant caméra, cameraman et productrice pour plusieurs documentaires sur les Marquises, la Polynésie française et la Papouasie Nouvelle-Guinée.
Son objectif est d’essayer de mieux comprendre ces peuples premiers aux moeurs inhabituelles pour la société occidentale. « Je transmets la façon dont les peuples premiers pensent et en même temps, je transmets ce que nous, européens, pensons. Je ne prends pas seulement leurs histoires, je passe aussi beaucoup de temps auprès d’eux pour partager leur quotidien. Ils vivent d’une façon si simple et riche en bonheur, en harmonie avec la nature. Nous pouvons beaucoup apprendre d’eux et je pense qu’il faut absolument qu’ils gardent leur culture. J’essaie de les aider à ma façon, avec mes photos et mes films. » Cette énergie et cette volonté d’ouvrir les yeux sur les problèmes du monde, elle les doit indirectement à son père : « Il est décédé quand j’avais 15 ans. Il a toujours agi pour l’environnement et voulait réveiller les gens pour qu’ils voient les problèmes autour d’eux et qu’ils prennent conscience de la beauté de la nature. Depuis sa disparition, j’essaie de continuer son travail. »
Ces années passées auprès des peuples premiers lui ont appris à relativiser la place de l’Homme sur la Terre. « Quand je regarde la bouche d’un volcan actif, je me sens minuscule dans l’univers. Les Hommes se prennent trop au sérieux et se croient invincibles. L’univers et la Terre ont toujours existé et existeront sans eux. Ils n’ont pas le droit de détruire la nature et peuvent aussi faire partie des espèces en voie de disparition. » Elle est un témoin privilégié de l’évolution des choses, elle le sait. Les endroits qu’elle visite sont en quelque sorte les derniers bastions de la « vraie humanité », où les gens vivent en symbiose avec la nature et les esprits. Mais petit à petit, ces cultures primaires sont peu à peu grignotées par la voracité du monde moderne. Elle essaie de leur expliquer qu’il faut conserver ces traditions mais reste pessimiste sur leur avenir : « Les vieux chefs des tribus sont d’accord, mais les jeunes ? Ces traditions risquent de disparaître avec le temps, c’est triste. »
Quelque part, elle ne voit pas comment elle pourrait leur reprocher cela car elle aussi perd le fil avec une partie de son passé. « Avec le temps, j’ai appris à me concentrer sur mes traditions à moi. L’une de mes préférées se déroule le premier dimanche d’octobre, mais malheureusement je ne suis jamais là », avoue t-elle un brin gênée. Présente seulement quelque mois par an chez elle, dans les Alpes allemandes, Ulla Lohmann profite de son temps libre pour s’occuper des êtres qui lui sont chers et prend beaucoup de photos. Même au repos, l’exploratrice garde un oeil sur le monde pour saisir qui sait, un autre moment inoubliable.
> Site d’Ulla Lohmann : http://www.ullalohmann.de
> SPB soutien l’Aventure : http://www.spb.fr/aventure-mecenat.asp
Ella
Posté le 14 janvier 2008 à 15:06C’est vraiment un article magnifique, extrêmement bien rédigé, il apporte sa dose de rêves. La vie de cette jeune femme a l’air absolument fantastique! ça donne envie d’en savoir plus sur elle, sur ses voyages et sur son message..
ovation
Posté le 2 août 2009 à 1:32ovation
bravo pour votre travail
Catherine