
Accueil >> Entretien >> Céline Arnal
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Au cours de mes études, j'ai eu l'opportunité de rencontrer des écovolontaires du réseau Earthwatch à la Barbade qui travaillaient sur un projet en rapport avec les tortues marines. Pendant les vacances scolaires, j'ai également eu la chance de devenir guide scientifique bénévole pour des écovolontaires qui étudiaient les baleines. Après mon cursus universitaire, je me suis retrouvée sans emploi malgré mon doctorat. J'ai alors réfléchi à ce que j'aimais faire, ce que je savais faire et ce que je connaissais. J'ai également fait le constat des connaissances dont disposait le milieu scientifique sur la vie marine. Je me suis dit que l'écovolontariat pouvait apporter un vrai plus à la science tout en proposant des vacances enrichissantes aux écovolontaires. C'est donc sur un coup de tête et sans aucune expérience dans le tourisme que j'ai créé l'association Cybelle Planète en 2005.
La première année, l'association ne comptait que 15 adhérents. Cette année, près de 200 adhérents sont partis sur nos différents chantiers d'études. Ce progrès est vraiment important, mais reste représentatif de la situation de l'écovolontariat en France. Actuellement, peu d'organismes proposent cette activité dans le pays. Cependant, grâce au bouche-à-oreille et à la presse, nous nous sommes faits connaître assez vite.
Il n'y a pas de profil précis. En gros, 40% des écovolontaires sont des étudiants et le reste est assez éclectique. Tous les âges et tous les corps de métiers sont représentés : des architectes, des médecins, des techniciens ou des ouvriers... De manière générale, il y a plus de femmes que d'hommes. Les gens qui viennent ne sont pas des écologistes convaincus. Ce sont plus des personnes qui n'y connaissent rien ou pas grand chose et qui, pour la plupart, vivent en ville. Beaucoup souhaitent faire quelque chose pour la nature après avoir vu une émission à la télé par exemple.
Oui, notamment au niveau financier. J'ai dû emprunter beaucoup d'argent à des amis pour pouvoir louer le voilier pendant ces deux premières années. De plus, l'association ne bénéficie d'aucun financement extérieur hormis un petit financement de la mairie de Montpellier pour du matériel utilisé sur le bateau. Actuellement, nous sommes deux salariés sur contrats aidés. Pendant deux ans, je n'ai touché aucun salaire. J'ai dû attendre le mois de mars 2007 pour m'embaucher.
En parallèle, j'ai reçu beaucoup de courriers injurieux me disant « Quelle honte ! Vous profitez des problèmes environnementaux pour vous en mettre plein les poches !» Aujourd'hui, je n'en reçois quasiment plus, je pense que le message commence à passer. En France, on a le culte du bénévolat, le culte de l'État qui doit tout prendre en charge : la recherche, l'environnement, le social, etc. Dans les mentalités, tout cela doit rester gratuit. Beaucoup de gens ne comprennent pas qu'il faut faire évoluer l'écologie vers autre chose.
Il faut donner de la valeur, non pas à l'environnement, mais aux compétences liées à l'environnement. Prenons le Grenelle de l'Environnement. C'est une initiative magnifique qui a créé beaucoup de choses sauf une : la professionnalisation de l'écologie. C'est une discipline qui reste pour beaucoup une discipline associative. Dans la mentalité française, on ne peut pas imaginer que quelqu'un en costume cravate qui travaille toute la journée dans une banque puisse être un écologiste convaincu. C'est une très bonne chose de dire qu'il y a plein de d'associations écologistes en France, moi-même j'en suis une. Mais cela n'officialise pas la chose et cela ne fera pas évoluer les mentalités.
Donc moi, à ce niveau-là, j'ai du mal à penser qu'on est parti vers quelque chose de différent. Il faudrait que la France prenne exemple sur l'Australie qui a fait de l'écologie un business à part entière. Mais il faut bien préciser que c'est la compétence de l'écologue qui est à vendre, pas l'environnement. La biodiversité et la nature appartiennent à tout le monde.
Depuis le début, je fais un pari, je saute dans le vide sans savoir où je vais. C'est un peu normal quand on monte une entreprise. Ces deux dernières années, le soutien de certaines personnes et l'intérêt du public ont été primordiaux. Aujourd'hui, je suis très satisfaite car je m'investis dans un projet qui me tient à coeur. J'ai créé mon rêve et je suis en train de le mettre en place. Si j'ai fait des études aussi longues, si j'ai toutes ces connaissances, c'était pour faire ça.
Je pense que c'est un luxe actuellement de pouvoir dire : « Je me suis créé un métier que j'aime et qui me plaît. » Et même si je n'ai pas rêvé de rester derrière mon bureau à faire des demandes de subventions, je peux au moins monter sur un voilier trois fois par an et aller voir des baleines. Ce n'est pas donné à tout le monde. Maintenant, je veux aussi aller plus loin et réaliser mon deuxième rêve : rassembler des personnes autour d'un but commun.
Depuis six mois, je travaille sur un nouveau projet de préservation de la biodiversité méditerranéenne au sens large. L'idée, toujours sur la base de l'écovolontariat, est de mettre à contribution des clubs de plongée et des écovolontaires pour collecter des données scientifiques sur la biodiversité méditerranéenne. Le but est de mettre en place des données standardisées et ce, à grande échelle.
Pour l'instant, chaque chercheur est limité matériellement et géographiquement et travaille dans son coin. Il est certain que ces informations n'auront pas la même qualité que les données relevées par un chercheur. Mais cela permettra de voir très rapidement une évolution des tendances et de tirer la sonnette d'alarme en cas de danger. Ce projet est aussi un formidable outil pédagogique pour le grand public en lui donnant la possibilité d'agir concrètement auprès des scientifiques.
Il y a deux solutions. Soit on en fait un produit marketing, et on vend les voyages d'écovolontariat à des gros tours-opérateurs. Soit on continue à faire de l'écovolontariat de qualité en s'assurant que le projet derrière est un vrai projet de recherche et de préservation. Pour moi, les personnes qui viennent doivent être assurées de participer à un chantier avec des scientifiques et des professionnels. Rien que pour cette raison, cela ne peut pas devenir du tourisme de masse.
Le travail et les données récoltées par les écovolontaires doivent être encadrés par des gens vraiment qualifiés. Je refuse de développer un programme si derrière, le projet scientifique n'est pas valable. Je préfère ne rien faire plutôt que d'envoyer les gens faire sur un chantier qui ne vaut rien. Mon projet ce n'est pas de développer l'écovolontariat à fond, mais plutôt de garder l'écovolontariat tel qu'il existe et développer des projets scientifiques.
Propos recueillis par Nicolas Bernard
> Site de Cybelle Planète : www.cybelle-planete.org
En tant que professionel du tourisme engagé et défenseur de l'environnement dans l'associatif, j'ai souvent un regard critique sur de nombreuses actions, dans votre cas, je vous dis : BRAVO. Je suis allé sur votre site : Continuez en ce sens.
Une remarque sur votre formulation concernant de la biodiversité, que l'on retrouve sur le site, elle n'appartient pas à l'homme, justement, elle est malade car l'homme la croit sienne. L'écologie n'est pas une discipline humaine, elle EST la réalité sans laquelle rien n'existe et l'homme, tant qu'il n'en aura pas conscience dans ses actes, fera du rafistolage.
Autre petit commentaire sur la professionalisation de l'écologie : attentiopn, les bureaux d'étude en rèvent ! face aux associations au peu de moyens et beaucoup de bénévoles. Oui aux moyens mais vers ceux qui ne sont pas dans un système concurrentiel sur des dossiers où le décideur choisit par rapport aux prix pratiqués et à une stratégie commerciale plutot qu'à une sensibilité et une éthique.
Je vous renouvelle mes encouragements : Bravo, continuez !!
Reportage 2006 diffusé sur France 2 sur les chantiers d'étude des baleines et des dauphins de l'association Cybelle Planète.
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