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Revue de presse

La facture écologique de plus en plus salée

- Article lu sur http://www.leconomiste.com/article.html?a=79276

Au Maroc, elle coûte 4,6% du PIB par an

«CONCILIER économie et environnement, c’est possible, c’est urgent et c’est rentable». Les mots sont de Henri-Luc Thibault, directeur du Plan Bleu(1). Il était l’un des intervenants d’une grand-messe(2) de défense de l’environnement organisée par la Commission européenne.

La conférence s’est fixée pour objectif de sensibiliser à la problématique écologique comme étant un problème d’économie. C’est pourquoi l’essentiel des participants était constitué d’économistes. Rareté des ressources, coûts de la non-protection de l’environnement, opportunités d’investissements dans les secteurs d’économie dite «verte», etc. Autant de concepts d’économie revisités et récupérés pour défendre la cause environnementale.

Ce changement découle d’un constat de non-recevabilité du discours au vocabulaire exclusivement écologique auprès des décideurs (gouvernants et entrepreneurs). «Nous avons constaté qu’ils étaient plus sensibles à des mots comme rentabilité, chiffre d’affaires, conséquences sur le taux de croissance, coûts en points de PIB…», fait remarquer Sherif Arif, de la Banque mondiale(3).
Chaque année, le coût de la dégradation de l’environnement représente 3,6% du PIB mondial. Il en coûte 4,8% à l’Algérie et 4,6% au Maroc, soit environ 2,3 milliards de DH. C’est cher! Mais la conciliation entre économie et environnement n’est pas indispensable seulement pour limiter les dégâts de la surexploitation humaine.

L’existence même de l’activité économique s’en voit fortement hypothéquée à long terme. Imaginez une ville comme Agadir, privée d’eau parce qu’on aura épuisé sa nappe phréatique et que, à cause du réchauffement climatique, la ville n’a pas bénéficié, comme tout le territoire national du reste, de précipitations permettant la reconstitution des réserves! Que deviendraient ses hôtels et restaurants?
Ce qui est valable pour l’eau l’est au même degré de gravité pour l’électricité et l’énergie en général. Il est plus que jamais urgent d’admettre que les ressources naturelles sont limitées.
L’on a affaire à un stock qui est épuisable et qu’il faut gérer rationnellement mais humainement surtout. Justement, le problème n’a rien de local, il est global et universel. Certains pays du Sud voient dans la contrainte écologique un frein à leur développement et à laquelle les pays occidentaux n’ont pas eu à faire face entre la Révolution industrielle et la seconde moitié du XXe siècle.

D’ailleurs, ces derniers sont accusés d’avoir mis la planète sur la voie d’une véritable catastrophe «naturelle». Demander aux pays en développement d’adopter une attitude plus responsable face à une chose dont ils ne sont pas responsables et qui, de surcroît, risque de handicaper leur cheminement vers le progrès, voilà qui devient alors difficilement soutenable.

Néanmoins, les pays émergents ont tout intérêt à intégrer la composante écologique dans leur stratégie de développement. Aux dires des spécialistes, essayer de réparer les dégâts a posteriori revient plus cher que d’anticiper le changement et traiter la donne climatique en tant que paramètre constant. Donc c’est un comportement économiquement justifié.
Pour le privé, l’urgence écologique offre des opportunités de business (le mot est lâché) fort intéressantes. Des énergies renouvelables au traitement des eaux usées, en passant par la désalinisation et le recyclage, les secteurs «écolo» sont plus que jamais florissants.

Les entreprises innovantes ne manquent pas de saisir la branche tendue pour développer tout un catalogue de concepts marketing estampillés Eco, quand ce n’est pas Vert ou Bio: écotourisme, industrie verte et biocarburants en sont une démonstration. Même le management est touché par cette révolution verte: l’écomanagement est né.

Le marché des énergies renouvelables (éolienne, solaire, etc.) est tout particulièrement porteur, notamment dans les pays du sud de la Méditerranée.
«Le besoin est là, mais il faut que la réglementation des pays sud-méditerranéens soit adaptée pour recevoir des investissements d’une telle nature», affirme Alaa Ezz, président exécutif de la Fédération des chambres de commerce d’Egypte.

Il appelle, notamment, à la suppression des subventions réservées dans certains pays au carburant conventionnel et à l’électricité. En Egypte, le prix du carburant est offert à pratiquement 1 DH le litre. Pis, l’eau est gratuite pour les agriculteurs!

Sans une réglementation qui permette d’assurer une concurrence équitable et transparente entre les différents acteurs du marché de l’énergie, les investisseurs préféreront toujours aller là où le cadre réglementaire est plus juste, même si le potentiel du marché est moins important.
N’avons-nous pas besoin des IDE?
———————————————————————————————————
(1) Organisme pour l’environnement et le développement méditerranéen
(2) La XIe conférence euro-méditerranéenne sur la transition économique avait pour thème cette année «Les économies méditerranéennes face au défi environnemental immédiat».
(3) Il est aussi responsable du Metap (Programme environnemental d’assistance technique pour la Méditerranée)


 
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