Un arbre en plus, un sac plastique en moins. Serge Orru, directeur général du WWF France depuis juillet 2006, fait plus que parler d’écologie, il la fait. Tandis que l’écotourisme est un concept qui se démocratise à peine, lui, a intégré la protection de l’environnement au tourisme il y a plus de trente ans.
À vingt ans, il est moniteur de ski de fond dans une station de vacances située au cÅ“ur des Vosges alsaciennes, au milieu de 42 000 hectares de forêt. « J’étais dans mon élément, » aime-t-il à se rappeler. « C’était l’époque où j’amenais des gens en randonnées et bivouacs. Là , j’ai vu la réalité du monde naturel. » Un monde qu’il ne quittera plus. Un monde qu’il choisit de comprendre, d’aimer et de défendre. Il se lie d’amitié avec Hilaire Balducci, un garde forestier ayant participé activement à la réintroduction du chamois dans les Vosges, qui devient son « père spirituel écologique ». Une influence, un mentor, le point de départ d’une vie au service de la Terre et des Hommes.
Au service de la planète
Son destin a commencé à se dessiner bien avant son premier cours de ski. Enfant, il dévore les Å“uvres de Joseph Kessel et Jules Verne et découvre la culture amérindienne et le rapport qu’elle entretient avec la nature. « Dans les westerns, j’étais toujours du côté des Indiens, » dit-il en souriant. Tandis que la plupart des petits garçons préfèrent jouer au cow-boy, lui choisit la voie de la minorité, aux yeux de la société consumériste en tout cas. « La vie, ce n’est pas la consommation à outrance, c’est bien plus, c’est l’équité, c’est la justice ». Peu importe le mépris ou le regard moqueur de certains, peu importe la difficulté de son combat. La nature est son essence, il l’a dans la peau. « Je crois que je suis comme Edgar Morin, je crois en l’improbable ». Il y croit tellement qu’il réussit tout au long de sa carrière à soulever des montagnes, à apporter sa pierre à l’édifice écologique.
Peu de mots, beaucoup d’actes. En vingt ans de carrière touristique, il plante des arbres dans tous les endroits où il passe, des Vosges à l’ÃŽle de Ré, en passant par l’Auvergne, les Côtes d’Armor, la Corse et même au Mexique. Un tronc, des branches, des feuilles, la vie. C’est la marque de son passage, comme un justicier masqué au service de la planète. Bien avant le Grenelle de l’Environnement, il met en place le tourisme durable, le vrai. Celui où l’on ne s’aperçoit pas qu’un homme est passé par là . « Avoir un tourisme équilibré entre respect de la nature et bénéfice économique est possible au même titre qu’une économie équilibrée », martèle-t-il.
Créer un avenir meilleur
Sa force de conviction l’anime. L’énergie qu’il dépense, c’est pour les autres, pour ses enfants, pour l’avenir. En 1999, au sein du Festival du Vent créé sept ans auparavant en Corse, il lance l’opération « Halte aux sacs plastiques » pour mettre fin à leur utilisation dans la grande distribution. En 2003, les grandes surfaces corses les bannissent de leurs caisses. L’opération est un succès écologique mais aussi économique. « Vous êtes devant la personne qui a fait gagner de l’argent à la grande distribution », glisse-t-il avec fierté.
Fier et humble à la fois. Serge Orru n’est pas un « people » aux accents bobo surfant sur la mode écolo. C’est un « people » du peuple pour le peuple. Il rappelle à qui veut l’entendre que « des gens se sont battus en 1789 pour les droits de l’Homme ». S’engager, se battre, y croire. Les vertus du Zorro de l’écologie sont remplies d’espoir et de détermination. Ne pas fléchir et faire plus, toujours. « Le Grenelle de l’Environnement, c’était une bonne chose mais ce n’est pas assez. Il faut agir davantage. C’est seulement ensemble que nous créerons un avenir meilleur. C’est possible, il suffit juste d’ouvrir les yeux. »
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