- Article lu sur http://www.romandie.com/infos/news2/080901043022.yp77reoe.asp
KAKUM (Ghana) - Depuis cinq ans, il fait moins chaud et les pluies sont plus abondantes dans une petite zone de culture du cacao du sud du Ghana, où les habitants ont décidé d'agir face au changement climatique.
A Afiaso, les efforts des villageois se sont portés sur la préservation du parc national de Kakum, situé à proximité.
“Nous avions l’habitude de couper beaucoup d’arbres pour l’agriculture, ce qui nous a valu bien des malheurs, comme des tempêtes, moins de pluie et une intensité solaire plus grande”, explique Nana Opare Ababio III, le chef de ce village de 620 habitants.
Mais, grâce aux efforts entrepris pour la protection du parc, “la quantité de pluie tombée a très nettement augmenté depuis cinq ans, la chaleur du soleil est plus faible et nous avons désormais de meilleures récoltes”, a-t-il ajouté, via un traducteur.
Au cours des dernières décennies, les ressources forestières du Ghana ont considérablement baissé, ce qui suscite “de graves inquiétudes pour l’avenir du du développement économique et les moyens de subsistance en zone rurale”, selon David Kwamena Ewur, responsable du parc de Kakum, situé à environ 160 kilomètres de la capitale Accra.
En 1960, la forêt tropicale couvrait 63.400 km2 au Ghana. Aujourd’hui, du fait des activités humaines, elle ne représente plus que 13.500 km2.
L’abattage, l’agriculture sur brûlis, l’exploitation minière, mais aussi l’utilisation du bois comme combustible sont largement responsables de la disparition des forêts primaires, selon M. Ewur. L’industrie du bois est en outre l’une des principales ressources du pays et le Ghana ne peut y renoncer complètement.
Mais, alors que la déforestation a d’ores et déjà transformé le nord du pays en savane et que le centre risque de subir le même sort, le gouvernement a modifié de façon radicale sa politique dans le domaine.
Jusqu’en 1994, le gouvernement gérait tout lui-même. “Mais nous avons réalisé que nous n’avions guère de résultats. Désormais, nous impliquons les communautés qui vivent près des forêts, sans l’aide desquelles nos efforts de préservation seraient vains”, a expliqué M. Ewur.
Le gouvernement a ainsi chargé les habitants de certains villages de surveiller les parcs avoisinant et de signaler aux autorités toute activité interdite ou suspecte.
Les régions forestières sont par ailleurs divisées en trois catégories: “zones de protection” pour celles qui doivent être préservées, “zones de production” pour celles où l’abattage est autorisé, et “zones archéologiques” pour celles qui présentent un intérêt historique.
Les sept parcs nationaux du pays sont classés comme “zones de protection” et celui de Kakum est le plus grand d’entre-eux (366 km2). On y retrouve 40 espèces de mammifères, dont cinq sont menacées, 200 espèces d’oiseaux et 400 de papillons, dont deux sont endémiques.
Comme pour toutes les “zones de protection”, l’accès au parc national n’est autorisé que pour le tourisme.
Le développement de l’éco-tourisme a engendré d’importantes rentrées d’argent, ont expliqué des responsables du secteur forestier sans donner de chiffres précis. Depuis un accord conclu en 2006, une partie de cette manne est reversée aux communautés locales.
Pour Glen Asomaning, responsable du Fonds mondial pour la nature (WWF), les résultats de cette politique sont “vraiment remarquables”.
Mais l’argent qui doit être redistribué aux communautés forestières est d’abord transmis aux autorités locales et les risques de mauvaise gestion existent.
Ainsi, deux ans après la mise en oeuvre de la loi, le village d’Afiaso n’a pas reçu le moindre centime.
“Malgré ce retard dans le versement des royalties de l’écotourisme, nous souhaitons poursuivre ce projet de préservation et nous voulons que le gouvernement amène plus de semis, qu’il nous a promis de planter, car nous avons vu les bénéfices que nous pouvons en tirer”, affirme le chef Ababio III.
AFP
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