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C'est une Alsace d'autrefois, une carte postale grandeur nature. Établi sur une friche industrielle de 110 ha de la commune d'Ungersheim, à mi-chemin entre Colmar et Mulhouse, l'Ecomusée d'Alsace marie habilement le patrimoine rural, le patrimoine culturel et le patrimoine industriel d'une région chargée d'histoire. Fondé en 1980 par l'association « Maisons paysannes d'Alsace » afin de réunir et préserver des habitats ruraux promis à la démolition, l'Ecomusée a pu ouvrir ses portes au public en 1984 grâce au soutien de la Région Alsace et du Conseil Général du Haut-Rhin.
Pierre par pierre, poutre par poutre, chaque bâtisse a été démontée de son village d'origine pour être remontée à l'identique. Près de quatre siècles d'histoire sont ainsi représentés ; la maison la plus ancienne date de 1492 et la plus récente a été érigée à la fin du XIXe siècle. Une mosaïque d'identités architecturales qui révèlent les visages de sept « pays » alsaciens : l'Outre-Forêt, le Kochersberg, les bords du Rhin, le Sundgau, la Plaine de l'Ill, les vignobles et la plaine d'Alsace.
La renaissance des savoir-faire
Au bout de chaque allée fleurie, c'est une parcelle d'âme de l'Alsace d'hier et d'avant hier. Bleues, roses, jaunes ou vertes, les maisons à colombages (72 au total) composent un arc en ciel fait de torchis, de chaux et de chaumes. Elles ont été replacées dans un contexte qui permet d'imaginer les rapports de voisinage, l'économie quotidienne et les lieux de vie collective. À l'intérieur, chacune des activités d'époque est minutieusement exécutée par de vrais artisans. Des jeunes professionnels ont ainsi pu être formés par des bénévoles et redonnent aujourd'hui une seconde vie à des métiers en voie de disparition ou disparus : du forgeron au potier, en passant par le charron, le tonnelier, le charbonnier, ou le tailleur de pierres.
« Nous montrons l'évolution des métiers des temps anciens à aujourd'hui, souligne François Kiesler, animateur à l'Ecomusée. Toutes les étapes de chaque métier sont décortiquées minutieusement. Nous essayons de redonner un sens véritable aux choses. » Dans chaque bâtiment, chaque ruelle, chaque place, les sons, images ou odeurs perpétuent des traditions que les nouvelles générations ont un peu tendance à oublier. Le bruit métallique du forgeron qui martèle le fer en fusion, l'effluve de pâte d'amande émanant de la « Maison des goûts et des couleurs »... La mémoire et le savoir-faire de ceux qui ont vécu dans cet environnement sont encore très palpables.
Protéger la biodiversité
À l'orée d'une allée, une cigogne se promène l'air nonchalant. Elle s'arrête quelques instants pour le plus grand bonheur des photographes amateurs. Grâce une opération de réintroduction menée au cours des vingt dernières années, l'Ecomusée compte aujourd'hui 14 cigognes sédentaires et 17 couples migrateurs. Cette action s'inscrit dans une démarche globale de préservation et de valorisation du patrimoine naturel. Près de 15 ha de réserve naturelle permettent de conserver le patrimoine végétal et animal intact.
Ainsi, des colverts, des grues huppées, des crapauds verts et des libellules indigènes sont protégés de toute menace extérieure. À l'intérieur de cette zone préservée, 5 ha de champs mettent en avant la richesse végétale de l'ancienne polyculture vivrière. Le terroir cultivé y reproduit les anciennes pratiques agricoles de la première moitié du XXe siècle. Une époque de plus en plus lointaine où l'Homme vivait en symbiose avec la nature, sans mettre en péril son avenir.
Nicolas BERNARD
> L'Ecomusée d'Alsace réouvre ses portes le 16 mars 2008.
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