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Revue de presse

Les limites du tourisme écolo

- Article lu sur http://www.cyberpresse.ca/article/20080204/CPVOYAGES/80201167/5274/CPVOYAGES

Il n’y a pas de moyen facile d’atteindre la réserve écologique de Monteverde. Seul un 4x4 permet de franchir les 35 kilomètres qui séparent l’autoroute Interamericana de la communauté, fondée dans les années 1950 par des Quakers américains. Et encore, pendant la saison des pluies, la route semée de nids-de-poule, de pierres et de falaises devient rapidement impraticable.

Au fil des ans, des plans pour rendre plus accessible la région logée dans la forêt pluviale ont été déposés, étudiés puis toujours rejetés, à la demande même de ses habitants.

En 1983, un article du National Geographic décrivait l’endroit comme une destination incontournable pour observer le fameux Quetzal, un oiseau emblématique du Costa Rica. En réaction, des hordes de touristes ont déferlé sur la réserve dont la richesse repose sur la rencontre des climats venus des Caraïbes et du Pacifique.

Depuis, les habitants de Monteverde, qui cultivaient du café bio avant même la naissance de l’expression «commerce équitable», s’opposent au développement des voies d’accès à leur communauté. C’est à ce prix qu’a été maintenu le fragile équilibre entre l’attrait touristique de la région et la préservation de l’environnement.
La petite histoire de Monteverde illustre bien le dilemme auquel fait face le Costa Rica. Berceau de l’écotourisme, le Costa Rica vacille aujourd’hui devant l’étendue de son succès.

En 2005, près de 2 millions de touristes, dont 87 000 Canadiens, ont visité le pays, le double des visiteurs enregistrés cinq ans plus tôt. Ils ont investi 1,6 milliard de dollars américains dans l’économie locale, deux fois plus que ce que rapportent les exportations de café et de bananes. À certains moments, l’an dernier, il était impossible de trouver une chambre au Costa Rica, le taux d’occupation hôtelière atteignant le point de saturation.

Le gouvernement costaricain déploie des efforts importants pour diriger ces visiteurs vers les attractions dites «écotouristiques». Entre les randonnées dans la jungle, l’observation des oiseaux, le rafting ou même la pêche en haute mer, les «écotouristes» dépensent jusqu’à 10 fois plus durant leur séjour que les simples amateurs de plage, avance l’Institut costaricain du tourisme.

Les 33 réserves et parcs nationaux, qui couvrent 25 % du territoire, sont au cœur de l’écotourisme costaricain. Le plus petit d’entre eux, le parc Manuel Antonio, est visité annuellement par 200 000 personnes attirées par les singes capucins, les iguanes, les paresseux et 350 espèces d’oiseaux. Il est ainsi le plus populaire des parcs du Costa Rica.

Trop populaire, en fait. Depuis quelques années, les autorités de Manuel Antonio, situé sur la côte pacifique, limitent son accès à 600 personnes par jour. Et le parc est fermé tous les lundis, histoire de donner un «congé de tourisme» aux animaux.

Aussi, les retombées économiques générées par les parcs ne suffisent pas à en payer l’entretien. Depuis la fin des années 1980, le gouvernement s’est lourdement endetté pour les protéger.

Des obligations destinées à financer la préservation de l’environnement ont été émises sur les marchés internationaux à un taux de change de deux à trois fois supérieur au cours officiel.

Au tournant du millénaire, l’État devait encore 600 millions de dollars aux propriétaires dont les terres ont été déclarées «zone protégée». C’est 6 millions pour la seule région d’Arenal, 1 million pour Manuel Antonio.

Enfin, tout ce qui est déclaré «écotouristique» n’est pas nécessairement un bon produit, prévient Louise Constantin, la fondatrice de l’agence québécoise Mercure, spécialisée dans le tourisme équitable et solidaire.

«Certains projets peuvent être aussi néfastes pour l’environnement et les populations locales que des productions minières ou forestières.»

Des organismes comme EchoWay recensent les abus auxquels les projets dits écotouristiques ont pu mener. Malheureusement, peut-on lire sur leur site, «des projets classés écotourisme impliquent bien souvent que l’activité se déroule dans la nature, sans prévoir ni une gestion du projet par les habitants ni des aménagements écologiques pour réduire l’impact de l’activité».


 
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